L’inclusion financière des femmes, juste une question d’accès accrue aux financements ?

On constate que dans le monde, plus d’un milliard de femmes sont exclues du système financier global.

L’accès des femmes au financement est devenu une préoccupation majeure, notamment dans l’aide au développement.

Néanmoins, on ne dispose pas de données qui permettent une connaissance objective des réalités.

Lors du sommet du G7 qui s’est déroulé du 24 au 26 août dernier, les grandes puissances mondiales se sont accordées sur le fait que les femmes africaines étaient défavorisées par rapport aux hommes en ce qui concerne l’accès aux services financiers. L’octroi de crédits aux femmes entrepreneures est perçu comme une prise de risque.

Un plaidoyer pour réduire ce déficit a été suivit d’une promesse d’investissement de 251 millions de dollars en faveur de l’entrepreneuriat au féminin, par l’intermédiaire de l’AFAWA.

L’affirmative finance action for women in Africa est une initiative de la banque africaine du développement. Son objectif est de réduire le fossé financier entre les hommes et les femmes entrepreneurs, Par ce biais, promouvoir l’entrepreneuriat au féminin. Pour sa part, la BAD a décidé d’investir 1 milliard de dollars.

Plusieurs réalités peuvent expliquer cet écart financier entre les hommes et les femmes entrepreneurs, nous allons tenter d’en aborder deux : le manque de produits financiers adaptés à l’entrepreneuriat féminin et l’influence socio-économique des sociétés dans lesquelles les femmes évoluent.

  • Le manque de produits financiers adaptés

Selon la Banque africaine de développement, les femmes africaines détiennent plus de 30% des Petites et moyennes entreprises sur le continent. Malgré ce constat, il y a un déficit de financement de près de 42 milliards au détriment des femmes entrepreneures.

LadyAgri a constaté cette inégalité financière dans le domaine l’agribusiness. Les femmes Africaines représentent entre 70% et 80% de la force de travail dans l’agriculture. Néanmoins, on constate que cette proportion élevée de femmes diminue à mesure qu’on accède à un niveau plus élevé de l’échelon économique, celui de l’entrepreneuriat.

L’accès à l’entrepreneuriat pour les femmes est d’autant plus complexe, que l’accès à des services financiers adéquats et à un crédit reste difficile.

Le financement des entrepreneures s’effectue le plus souvent par l’intermédiaire de la micro-finance, et dans la majorité des cas, les femmes ont recours aux circuits informels pour accéder à des prêts ou pour leurs épargnes.

Certes, ce mécanisme de micro-finance a permis de combler un besoin constaté à une petite échelle, mais n’a pas engendré une expansion économique des femmes à une plus grande échelle.

La Banque africaine de développement a établi que 48% des entreprises africaines étaient détenues par des femmes. Par ailleurs, seulement 20% des femmes en Afrique ont accès à un compte en banque.

Pour sa part, la banque mondiale a créé un profil type de la femme entrepreneure africaine :  elle a 37 ans, mariée ou vivant en couple, ayant un niveau d’éducation peu élevé (71% des femmes entrepreneures ont achevé les primaires, 30% les secondaires et 9% le supérieur). Ce profil mets en évidence l’importance que le niveau d’éducation peut avoir dans l’accès au système de financement.

Cette étude nous permet de constater que les femmes entrepreneures sont 50% à posséder un compte en banque, et qu’elles emploient en moyenne 75% de femmes. Ce dernier élément est significatif, si on prend en compte le fait qu’un emploi peut faciliter l’entrée dans le système financier régulier.

Une réalité probante est que les produits financiers proposés sur le marché sont rarement adaptés aux besoins de femmes et de leurs entreprises. Les banques n’ont pas une compréhension suffisante des niches de marchés qu’elles occupent et de la réalité commerciale dans laquelle elles évoluent.

On peut également témoigner d’une certaine méfiance des femmes envers les institutions financières. Dans un reportage sur le Cameroun, les femmes expliquent pourquoi elles préfèrent le système informel des tontines à celui des banques.

Les banques ne leurs permettent pas la même flexibilité dans la gestion de leurs argents (montant des dépôts/retraits), elles demandent trop de garanties et prélèvent trop d’intérêts. Les tontines fonctionnent avec la confiance et ont une fonction sociale. Elles représentent la solidarité, la fraternité et l’entraide sociale qui ne peux être reproduite avec une banque.

Certaines banques ont essayé de créer des produits financiers adaptés aux femmes, par exemple, l’annulation du solde minimum, l’élargissement des éléments prit en compte pour l’octroi de crédits, la réduction des exigences et l’élargissement à d’autres formes de garanties.

Permettre l’autonomisation financière des femmes entrepreneures est une nécessité pour leur expansion et la mise en avant de leur rôle au sein de la société.

La généralisation de l’accès financier pour les femmes entrepreneures ne peut se faire qu’à partir du système banquier au niveau national. Il est nécessaire que les gouvernements, les organisations du développement ainsi que les institutions financières mondiales élaborent des politiques allant dans le sens de la promotion de l’entrepreneuriat au féminin.

  • L’influence du contexte socio-économique

L’élargissement de l’accès des femmes dans le système financier n’induit pas nécessairement un impact visible sur leurs conditions économique et social.

Le contexte socio-économique dans lequel évoluent les femmes entrepreneures en Afrique a un impact non négligeable sur leur autonomisation financière.

Dans le domaine de l’agriculture, les femmes ont le plus souvent le rôle de mains d’œuvres et n’ont pratiquement pas accès aux terres. Elles évoluent généralement dans les circuits agricoles qui n’ont pas ou très peu d’impact économique sur leur quotidien.

Les sociétés sont, en général, régies par des normes qui induisent les rôles de chacun. L’homme représente l’autorité de chef du foyer, la femme s’occupe du foyer et n’a que peu de liberté d’action. S’émanciper économiquement, en créant son entreprise, en ouvrant son compte en banque, reste complexe dans certaines réalités sociétales.

Favoriser un accès accru au système financier pour les femmes est d’autant plus complexe, car, les contraintes sociales et culturelles peuvent empêcher les femmes d’y accéder ou d’utiliser les services disponibles.

Dans l’absolue, l’émancipation financière des femmes pourrait jouer un rôle prépondérant dans le changement de la dynamique des relations attribuées à chaque genre.

Investir dans l’entrepreneuriat féminin est vital, mais ne peut être la seule initiative pour engendrer un changement systémique. Mettre en avant l’accès aux finances, seule, ne permets pas de prendre en compte l’ensemble des paramètres en jeu et de promouvoir l’importance des femmes entrepreneures.

L’initiative doit s’accompagner, comme dans le cadre de la promotion des femmes entrepreneures dans l’agribusiness, d’une prise en charge globale de la place des femmes dans le domaine de l’agriculture.

Ces actions identifient les besoins des entrepreneures, tel que : le renforcement des capacités, le partenariat technologique, l’assistance technique, la définition de la structure des produits et services, la définition du prix, le marketing, ainsi que les réseaux de distributions qui correspondent au mieux à l’écosystème et aux objectifs de l’entrepreneure. Ainsi que d’autres initiatives qui permettent de renverser les obstacles systémiques auxquels les femmes font face dans leurs activités commerciales.

Les femmes entrepreneures ne sont pas un groupe homogène, Chacune évolue dans un domaine d’activité unique, qui nécessite des besoins et des actions spécifiques.

L’élargissement de l’accès financière des femmes pourrait avoir un impact économique et sociétal probant, si on adapte les mécanismes de financements aux besoins spécifiques propre à chaque entrepreneure.

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